¿Dónde está Macondo?

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¿Dónde está Macondo?

Dans les premières décennies du vingtième siècle, la Colombie était remplie de débris laissés par un grand bouleversement que l’écrivain Gabriel Garcia Marquez a appelé “la tempête de feuilles”. La structure démographique du pays a été façonnée par les populations indigènes déplacées par le colonialisme, les migrations provoquées par les guerres civiles, les peuples venant d’Afrique qui ont échappé à l’esclavage mais sont tombés dans une grande pauvreté et dans l’anonymat, et les membres des familles venues d’Europe et d’autres parties du monde pour le commerce.
Dans le roman de Marquez “Cent ans de solitude”, considéré comme un chef-d’œuvre du réalisme magique, nous sommes témoins de ces processus vécus par les habitants. On dit que Marquez a créé Macondo en s’inspirant des contes que lui racontaient ses grands parents et des événements dont il a été témoin pendant son enfance à Aracataca, petite ville de la région caribéenne de Colombie. Nous sommes plongés dans une atmosphère iréelle, au milieu des traditions et des coutumes, de la mort, de l’amour, de la foi et du deuil.
Nous vivons les rêves et idéaux des personnages, nous sommes à leurs côtés lors des cérémonies, au travail dans les plantations et lors des tragédies causées par les guerres civiles. D’un point de vue sociologique, on peut dire que ce village est en réalité une métaphore de la Colombie et des Caraïbes, voire même de l’Amérique latine.
Après avoir lu les livres de Marquez, j’ai senti le besoin de partir sur les traces de ce lieu imaginaire de Macondo, de ses habitants qui occupaient constamment mon esprit, et le documenter avec des photographies. En 2023, j’ai visité des villes et des villages dans les États colombiens de Cundinamarca, Quindio, Meta, Antioquia, Sucre, Bolivar, Santander, Atlantico et Magdalena pour réaliser mon projet photographique. J’ai été témoin de mirages de Macondo, que j’avais lus, et que je retrouvais partout : dans la nature, la vie autour de moi, les gens que je photographiais. J’ai rencontré des agriculteurs et des récoltants de café vivant dans des fincas cachées sur les pentes des Andes, des habitants de villages entourées de mangroves au bord de l’océan, des pêcheurs passant leur vie dans des pirogues en bois le long du fleuve sacré Magdalena, des ouvriers agricoles dont la vie s’est épuisée dans les terres humides des plantations de bananes. Dans les grandes villes, j’ai suivi les graffitis mélant culture moderne et identité précolombienne sur les murs, écouté l’énergie urbaine des jeunes de la Comuna 13 qui, à travers rap, slam et hip hop, hissent avec fierté les couleurs de leur quartier. Macondo est à la fois le lieu de résidence des amoureux enlacés dans les rues de villages historiques au passé colonial, et de ceux qui tentent de survivre avec ce qu’ils gagnent dans les bidonvilles.
J’ai souvent demandé aux gens que je croisais :
« Où se trouve Macondo ? »
Très souvent, la réponse que j’obtenais était la même :
« Macondo, c’est ici ! »
Ce lieu imaginaire, né de la littérature, est devenu au fil des années à la fois la patrie et l’identité du peuple colombien.
Puis j’ai pensé aux villes où je suis né et où j’ai grandi, à celles que j’ai parcourues et que j’ai vues, aux autres sociétés que j’ai connues et sur lesquelles j’ai fait des recherches. À la fin de mon voyage photographique, je me suis posé la même question et ma réponse a été : Tous les lieux fondés sur l’histoire, les traditions, les contes magiques, les guerres civiles qui ont ravagé le monde, les histoires d’amour, les personnes qui se lancent dans la construction d’une nouvelle vie, les danses et les musiques qui vous font oublier la douleur, même si ce n’est que pour un court instant, et les deuils qui laissent un grand vide derrière eux, tous ces lieux étaient Macondo !
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