Le Paris de Julio Cortázar
Projet en cours
Il convient tout d’abord d’insister sur l’importance de Paris dans l’imaginaire affectif et littéraire de Cortázar, qui s’installa à Paris en 1951. L’écrivain affirmait que pour lui Paris fut un peu son chemin de Damas, sa grande secousse existentielle. Il racontait aussi que, dans les années suivant son installation à Paris, il passait son temps immergé dans l’exploration de la ville, essayant d’atteindre ce que la ville lui refusait et de connaître profondément ce que la ville lui offrait.
« Paris est un centre (…) un mandala qu’il faut parcourir sans dialectique, un labyrinthe où les formules pragmatiques ne servent qu’à mieux se perdre. Alors un cogito qui soit comme respirer Paris, entrer en lui en le laissant entrer, neuma et non logos. » Julio Cortázar
La relation de Cortázar avec Paris se reflète dans ses textes comme une transformation existentielle au-delà de la recherche, du déplacement temporel et spatial et de l’entrelacement des villes.
Pour Cortázar, qui décrivait Paris comme une promenade au cœur d’un joyau, la ville était le monde mythique dans lequel se déroulaient ses histoires et romans réalistes, dynamiques et fantastiques. Les passages Vivienne, Des Panoramas, Jouffroy, Du Caire, Sainte-Foy et Choiseul, où il fut fasciné et découvrit à chaque fois de nouvelles choses ; Paris était une métaphore gigantesque avec ses tunnels souterrains du métro parisien, qui avait un algorithme différent de celui du monde, la bibliothèque de l’Arsenal, où il préférait réviser et compléter ses écrits, les étals de librairies installés sur de hauts murs le long de la Seine, les places, les parcs et les ponts. Si l’on devait adapter à lui-même les phrases qu’il a prononcées en référence au héros du roman Marelle, Horacio Oliveira, Cortázar était un Latino-Américain perdu dans ses rêves, courant à la poursuite d’une quête sur le plan flexible du temps et de l’espace, dans les rues de Paris, qui représentaient une métaphore gigantesque.
« Chaque fois que je marche la nuit à Buenos Aires ou à Paris, je ne suis pas la même personne que pendant la journée. Je ne veux pas faire une romance bon marché, je ne veux pas parler d’une seconde existence. Dans ces deux villes, lorsque je marche la nuit, je suis temporairement hors du monde normal. Alors que je me positionne dans la ville, la ville vient à moi. Les surréalistes définissent cette relation comme un « privilège ». Durant ce temps, des passages, des transitions, des signes et des découvertes émergent. Les histoires et les romans que j’écris sont établis à travers ces relations. C’est pourquoi marcher dans Paris me semble mythique, c’est-à-dire que marcher dans Paris, c’est venir vers moi-même. Il est impossible d’expliquer cela avec des mots. Dans ces situations je me perds, je me perds, je regarde les panneaux, les affiches, les gens dans les bistrots ; Une relation s’établit entre eux, cela crée un langage et ne peut pas être expliqué avec des mots. »
Julio Cortázar